GEROME LAMBERT (Jaeger LeCoultre)
mardi 04 mai 2010, 18:37
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« Nous allons vers une nouvelle culture du luxe »
Rédaction en ligne
Gérôme Lambert : Je pense que « l'ivresse économique » dans laquelle le marché de la montre de luxe a vécu jusque 2008 a poussé trop de manufactures à une véritable frénésie de « complications gratuites ». Pour nous, une fonction horlogère ne peut se justifier que si, à moyen ou long terme, elle conserve son utilité. Or, dans l'euphorie qui régnait sur le secteur, trop de complications ne répondaient qu'à des critères esthétiques, poétiques, nostalgiques, et on constate aujourd'hui qu'elles n'ont vécu qu'un temps ! Chez Jaeger LeCoultre, notre critère de choix dans le développement d'une complication - comme le Tourbillon par exemple- a toujours été son apport en performance dans la précision. Et les récents concours chronométriques nous ont donné raison. De plus en plus, le marché est condamné à revenir à plus de sagesse, qui veut qu'une création horlogère doit avoir sa raison d'être au risque de se banaliser parce que gratuite et ne plus justifier le prix que le consommateur l'a payée !
Passion des Montres : Dans le même esprit, l'« escalade » dans la recherche de matériaux nouveaux ne participe-t-elle pas, elle aussi, à cette « gratuité » que vous évoquez ( gratuité toute relative, quant on connaît le prix de certaines pièces) et à une certaine banalisation des complications horlogères ? G.L. : Intrinsèquement, le fait de faire appel à des matières inédites, participe à l'évolution logique du métier d'horloger. Par contre, on se dirige vers un « galvaudage » de ce genre de démarches, et, petit à petit, elles finissent par perdre de leur sens. Ces produits dits « révolutionnaires » n'ont bien souvent comme seule raison d'être que leur caractère inédit. Et au fur et à mesure que le client a « déconnecté » l'objet, il se rend compte que la promesse était séduisante, mais sans raison d'être. C'est pour cela que, si nous retravaillons nos calibres, d'année en année depuis 177 ans, c'est pour leur apporte de véritables expériences nouvelles, pour recréer de nouveaux champs d'invention en matière horlogère. Et dans le « bouleversement économique » que vous évoquez, le consommateur va s'avérer de plus en plus conscient, compétent, et exigeant à cet égard.
P.M. : Vous constatez d'autres évolutions ? G.L. : Comme c'est fréquent dans l'évolution de l'horlogerie, on constate que, actuellement, certains grands thèmes retrouvent leur pertinence et notre rôle consiste à y être attentifs car il s'agit souvent des fondamentaux de la marque ! Ainsi, de 2000 à 2010, les thèmes basiques tels que la qualité, la fiabilité, l'excellence des matières, les tests pour le démontrer étaient perçus comme ennuyeux, rébarbatifs, parce que considérés comme normaux ! Or, depuis peu, on constate que ces sujets remontent en puissance de manière considérable. D'où l'impact de tests comme celui des « Mille heures » auquel nous soumettons chaque montre qui sort de nos ateliers.
P.M. : Ces nouvelles attitudes du consommateur sont propres à l'ensemble des marchés ? G.L : La montée en puissance de la demande du marché chinois va, par exemple, tout à fait dans ce sens, avec une exigence très juste en termes de qualité et d'élégance. La « renaissance » chez la plupart des marques des montres classiques extra-plates n'est pas étrangère à cette évolution. Le vrai challenge pour les marques horlogères consistera, demain, à répondre à ces nouveaux besoins tout en conservant leur originalité, la fidélité à leur ADN. Nous allons vers une « nouvelle culture du luxe » et nous devrons savoir y répondre.
